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Le projet TAMATAROA : comprendre le Grand Requin-Marteau des Tuamotu

Dans les eaux des Tuamotu, une silhouette grise glisse en silence. Le grand requin-marteau est un géant aux allures préhistoriques qui fascine autant qu’il interroge. Si l’on sait que cette espèce emblématique a élu domicile en Polynésie française, elle demeure largement méconnue. Une chose est sûre cependant : le grand-requin marteau est une espèce menacée à l’avenir incertain. 

C’est donc pour percer ses mystères et contribuer à sa protection que l’Oeil d’Andromède et la Mokarran Protection Society ont lancé le projet TAMATAROA, une expédition Gombessa. Depuis maintenant 4 ans, Air Tahiti Nui est engagée en tant que partenaire dans ce projet ambitieux, qui allie collecte et analyse de données, sensibilisation et conservation dans un cadre éthique et collaboratif. 

Découvrez les Expéditions Gombessa et l’incroyable projet TAMATAROA avec Antonin Guilbert, responsable du projet, plongeur sous-marin et biologiste des Expéditions Gombessa pour Andromède Océanologie.

Gombessa Expedition Tamataroa Grand requin marteau

Un géant méconnu dans les eaux de Polynésie française

Les requins peuplent les océans depuis des centaines de millions d’années. Survivant des temps anciens, le grand requin-marteau (Sphyrna mokarran) est pourtant aujourd’hui en train de disparaître. En cause : la surpêche et la dégradation de son habitat. Classé « en danger critique d'extinction », il ne trouve à présent refuge que dans quelques zones préservées de la planète. Les Tuamotu de l'Ouest (notamment Rangiroa et Tikehau) comptent parmi ces rares havres naturels où il est encore possible de le croiser.

Pourtant, malgré sa présence autour de nos îles, nous en connaissons encore trop peu sur cette mystérieuse et impressionnante créature. Une méconnaissance qui pose problème pour sa conservation : pour protéger efficacement une espèce et son habitat, il est essentiel de connaitre ses besoins, ses lieux de reproduction, son alimentation et ses comportements. 

Antonin Guilbert expose la problématique : « On est ici dans l'un des plus grands sanctuaires au monde de requins, et les grands requins marteaux y sont protégés. Le problème, c’est que protéger un individu (c'est-à-dire empêcher sa capture et interdire de le tuer) n'empêche pas son déclin. Si les activités humaines l'empêchent de se nourrir ou de se reproduire et si on dégrade ses habitats, il finira par disparaître. Or, les pressions humaines augmentent avec le temps. La pêche, le tourisme… des activités tout à fait légitimes, mais qui augmentent les pressions sur le milieu. On cherche donc à savoir comment concilier le développement de ces activités économiques avec la préservation de l’espèce. »

C’est là qu’intervient le projet TAMATAROA. Cette expédition scientifique vise à comprendre précisément les besoins des grands requins-marteaux en Polynésie française grâce à des technologies de pointe et à l’expertise de professionnels passionnés.

L'équipe Tamataroa

TAMATAROA : une mission scientifique au service de la conservation

Le projet TAMATAROA est né de la collaboration de l’association Mokarran Protection Society basée à Rangiroa, de l’association l’Œil d’Andromède et de la société Andromède Océanologie qui porte les Expéditions Gombessa. 

Les Expéditions Gombessa, dirigées par le biologiste photographe Laurent Ballesta, sont de grandes expéditions scientifiques. De véritables défis visant à percer les secrets des profondeurs, repousser les limites de la plongée et rapporter des images inédites du monde sous-marin.

Gombessa Expedition Tamataroa équipe en sortie mer

Une équipe experte

Les scientifiques et plongeurs sous-marins des Expeditions Gombessa ont ainsi rejoint la Polynésie française pour observer les requins dans leur habitat naturel.

« On a fait le maximum pour s’entourer de personnes expertes des grands requins marteaux. Deux grands chercheurs nous ont rejoints : un Australien, Charlie Huveneers, et un Américain, Yannis Papastamatiou. Nous avons de notre côté beaucoup travaillé sur le sujet, et Tatiana Boube, qui avait déjà la charge de tous les protocoles scientifiques à la Mokarran, s’est immergée dans le sujet pour mener une thèse doctorale au sein de l’Université de la Polynésie française sur le projet Tamataroa. Elle est devenue la référence à l’échelle locale sur les grands requins marteaux de Polynésie française. » explique Antonin Guilbert.

Des méthodes inédites

Le projet TAMATAROA déploie des moyens d'observation exceptionnels incluant des outils créés pour permettre une récolte de données non invasive, et une collaboration étroite avec les habitants des îles pour collecter des données précieuses sur leurs observations en mer.

« L’étude des grands requins-marteaux est généralement faite avec des méthodes que nous avons choisi de ne pas utiliser : l’appâtage (feeding) et la capture des animaux, qui permettent de les approcher, les identifier, les mesurer, prélever un échantillon de tissu et les marquer avec une balise pour suivre leurs déplacements. La capture ne fonctionnant pas bien pour cette espèce très sensible au stress, il a fallu imaginer une approche tout à fait différente. »

Les membres du projet TAMATAROA ont ainsi conçu un outil sur mesure : une arbalète sous-marine construite pour offrir l’approche la moins invasive possible sur le requin.

Gombessa Tamataroa Antonin Guilbert

« L’arbalète nous permet à la fois d’identifier l’animal grâce à une caméra et de le mesurer grâce à deux lasers montés en parallèle. Nous avons également développé un fusil et une flèche avec une pointe brevetée pour permettre, en un seul tir, de fixer une balise à seulement quelques centimètres sous la peau, et de prélever un tout petit échantillon de tissu. Cet outil peu invasif nous permet d’éviter de stresser l’animal tout en récoltant de nombreuses données. Nous pouvons ainsi faire des analyses génétiques et des analyses d’isotopes stables pour nous renseigner sur l’alimentation du grand requin marteau. »

Ces recherches permettront de répondre à des questions fondamentales : quelles zones choisissent-ils pour s’alimenter, se reproduire ou mettre bas ? De quoi se nourrissent-ils ? Où grandissent les jeunes requins-marteaux ?

Les réponses à ces interrogations fourniront aux autorités polynésiennes et aux acteurs de la conservation les informations nécessaires pour mettre en place des mesures de protection adaptées et efficaces.

« Nous avons monté et nous menons ce projet en étroite collaboration avec la commune de Rangiroa, avec la direction de l’environnement, avec l'Office français de la Biodiversité et avec le comité de gestion de Rangiroa. Nous travaillons tous ensemble pour établir des mesures très concrètes de gestion. »

 

Un réseau d’acteurs engagés pour le grand requin-marteau

Le projet TAMATAROA s'inscrit naturellement dans les engagements de responsabilité sociétale et environnementale d’Air Tahiti Nui. Nous avons à cœur de soutenir les initiatives locales et internationales visant à protéger nos précieuses îles. Parmi elles, la Mokarran Protection Society, une association dédiée spécifiquement à l'étude et la conservation des grands requins-marteau en Polynésie française.

La Mokarran Protection Society mène depuis plusieurs années un travail de terrain remarquable au travers de nombreuses actions : recensement des populations de requins, sensibilisation des communautés locales, programmes éducatifs dans les écoles, etc. Leur collaboration avec les professionnels de l'expédition Gombessa crée une synergie précieuse pour la protection de ces espèces sur le long terme.

Jean-Marie Jeandel, président de la Mokarran Protection Society, le souligne : « Au cœur du projet TAMATAROA, un objectif vital : empêcher l’extinction du grand requin-marteau, espèce emblématique des Tuamotu. Notre partenariat avec les Expéditions Gombessa a amplifié notre impact. Photo-identification, BRUVS et observations de terrain… Nos missions conjointes reposent sur un partage équilibré des savoirs, chaque expertise enrichissant l’autre. Cette synergie bénéfique offre un modèle polynésien de conservation fondé sur la connaissance de l’espèce ainsi que sur l’implication active des communautés locales. Une mission dont notre association, la Mokarran Protection Society, se porte garante. »

Gombessa Expedition Tamataroa requin marteau

Le requin dans la vie polynésienne

Le grand requin-marteau occupe une place particulière dans la culture polynésienne. Dans les récits traditionnels, les requins sont considérés comme des gardiens, des protecteurs : « Le requin marteau est un Tāura pour beaucoup de familles, un esprit totem animal ancestral. C’est un animal qui a une importance culturelle énorme en Polynésie. Il représente beaucoup de choses, notamment pour sa force et pour sa capacité à migrer et voyager comme les ancêtres polynésiens. La préservation de cette espèce se joue donc aussi d’un point de vue culturel et social. »

Bien que rares, ses apparitions sont mémorables pour les habitants des îles. Et les observations faites par les usagers de la mer s’avèrent souvent précieuses pour les chercheurs : « Notre programme de sciences participatives nous a fait gagner 15 à 20 ans d'études ! Nous sommes allés à la rencontre de près de 200 personnes à Rangiroa et Tikehau ; pêcheurs, plongeurs, excursionnistes, les gens qui vivent et travaillent autour du lagon. Nous avons appris beaucoup de choses, on nous a même rapporté des observations de mise bas… une première au niveau scientifique à l'échelle mondiale ! Nous avons finalement obtenu des centaines de contributions partageant des observations de requins-marteaux et des milliers d’images. Ça nous a permis d’enrichir énormément notre base de données. On a même retrouvé des animaux déjà présents sur des images qui datent d’il y a 20 ans. »

Gombessa Expedition Tamataroa réunion

Des résultats significatifs

Le projet TAMATAROA se poursuivra encore un an et sera conclu par la diffusion d’un film documentaire visant à sensibiliser le grand public à la préservation de l’espèce. 

Pour le moment, les chercheurs comptent : 

  • 33 requins marqués,
  • Plus de 180 individus identifiés,
  • Près de 200 enquêtes citoyennes menées, 

… et beaucoup de données scientifiques en cours d’analyse ! 

Antonin Guilbert l’affirme, les objectifs sont déjà dépassés et des résultats inédits seront bientôt dévoilés : « La science commence déjà à nous offrir des résultats incroyables sur lesquels nous continuons à travailler actuellement. Mais tout n'est pas terminé, il reste un an de traitement de données. Nous pourrons ensuite présenter les résultats de toutes nos analyses (génétique, régime alimentaire, etc.). 

Aujourd'hui, l'une des très grandes réussites de ce projet, au-delà de l'apport de connaissances, c'est le caractère très concret des mesures : premièrement, nous allons être à même de faire des préconisations de gestion pour la préservation des grands requins-marteaux, mais en plus, le programme TAMATAROA a servi de levier pour un projet encore plus ambitieux en termes de conservation ; le projet Mihiroa, porté par la commune, pour la création d'une aire marine protégée à l'échelle de tout l'atoll de Rangiroa. »

 

Air Tahiti Nui, partenaire du projet TAMATAROA

La compagnie est ravie de soutenir les Expéditions Gombessa et la Mokarran Protection Society dans ce programme unique : « Cette collaboration facilite grandement nos mouvements dans ce projet qui fédère une équipe et des scientifiques internationaux. Au niveau des équipements scientifiques aussi, nos opérations se font en plongées complexes réalisées en recycleurs.

Gombessa Expedition Tamataroa matériel

Ce sont des méthodes à la pointe, sans lesquelles nous ne pourrions pas mettre en place ce protocole sans feeding. Finalement, il y a derrière ce projet une très grosse logistique humaine et matérielle, qui est grandement facilitée par notre collaboration avec Air Tahiti Nui. La compagnie nous met à disposition des centaines de kilos d'équipements et matériel en fret, et nous accompagne dans le transport de tous les membres de l'équipe. 

On collabore aussi avec Air Tahiti Nui parce qu’il est possible de compenser l'impact carbone de ces voyages. C'est ce qu'on fait chaque année avec eux. Et puis, il y a aussi cet attachement : on est sur un projet polynésien, sur un animal emblématique des lagons de Polynésie. Il est donc important pour nous d’être associés à des partenaires polynésiens. »

Le mot de la fin d’Antonin Guilbert

« En parlant ainsi du grand requin-marteau, nous sommes conscients que nous allons attirer les curiosités des gens autour de cet animal. Mais il ne faut jamais perdre de vue la finalité de ce travail, notre priorité absolue : sa préservation.

Oui, c’est un animal merveilleux, que le monde entier rêverait de voir. Mais attention, il faut être très prudent, et si vous avez la chance de le croiser un jour, il est essentiel que cette rencontre se fasse toujours dans le respect de l’animal, sans forcer la rencontre, sans le suivre, etc. 

Quand on est en Polynésie, il faut aussi avoir une approche respectueuse de la culture polynésienne et de l’environnement dans sa globalité. Absolument tout ce que nous faisons à un impact sur celui-ci. Il faut donc toujours se demander comment chacun d’entre nous peut limiter au maximum son impact à son échelle, tout en continuant de s'émerveiller des richesses du monde. »

 

Crédits photos : 

Images sous-marines : Laurent Ballesta 

Images équipe : Hubert de Castelbajac